Film/horreur : À l’intérieur

Inside Hor­ror | June 13, 2007 (France) Sum­ma­ry : Four months after the death of her hus­band, a woman on the brink of mothe­rhood is tor­men­ted in her home by a strange woman who wants her unborn baby.
Coun­tries : FranceLan­guages : French
Sur le coup :
Après coup :

Diablement efficace

Julien Mau­ry et Alexandre Bus­tillo, le duo der­rière le film, sont de la même géné­ra­tion et de la même école extrême fran­çaise que Xavier Gens (Frontière(s)), Alexandre Aja (Haute Ten­sion), Pas­cal Lau­gier (Mar­tyrs), pour ne nom­mer que ceux-là. Ce sont des réa­li­sa­teurs qui s’ins­pirent gran­de­ment du cli­mat de ter­reur des grand sla­shers des années 70s/80s mais qui y greffent une bru­ta­li­té gra­phique et vis­cé­rale qui parle des grandes obses­sions de leur époque.

Alors que la majo­ri­té de leurs contem­po­rains ont des visions vastes et embrassent large (avec plus ou moins de suc­cès selon cha­cun ; tout par­ti­cu­liè­re­ment Lau­gier, dont les délires reli­gieux détruisent com­plè­te­ment son intros­pec­tion sur la dou­leur et ses effets per­vers), la paire Maury/Bustillo se penche sur un huis-clos intense, rapide et agres­sif qui laisse très, très peu de temps pour souf­fler ; ici, c’est le res­sen­ti qui prime, et non le céré­bral – le dia­logue est épu­ré et rare (la scène dans la voi­ture lors la deuxième visite des forces poli­cières étant par­ti­cu­liè­re­ment super­flue), et on nous pré­sente le récit tel sans sym­bo­lisme ou deuxième degré (quoique les der­nières images pour­raient nous faire voir les choses différemment?).

La trame nar­ra­tive est d’une sim­pli­ci­té dérou­tante ; le film mélange crea­ture fea­ture et inva­sion de domi­cile sauf qu’i­ci, la créa­ture est humaine, cam­pée par une Béa­trice Dalle com­plè­te­ment cra­quée, à l’al­lure démo­niaque (jus­qu’à la longue robe noire, le cor­set par-des­sus et la tignasse ondu­lée qui ne serait pas hors contexte dans un film de sor­cières), dont l’hos­ti­li­té mal assu­mée crève l’é­cran d’in­ten­si­té bes­tiale pour la majeure par­tie de sa présence.

Habile, mais pas sais failles

Une fois le choc ini­tial pas­sé, on se prend au jeu d’haïr Dalle, de rece­voir ses vagues folles de vio­lence et de n’y voir qu’une bes­tiole com­plè­te­ment déran­gée qui a frap­pé au mau­vais endroit, bien que le film nous laisse quelques indices dès le départ que quelque chose cloche.

Choi­sir comme plan d’ou­ver­ture la puis­sante tra­gé­die d’un acci­dent auto­mo­bile est un joli tour de passe-passe, bien qu’une fois encore ici on nous laisse des indices.

Par contre, le der­nier tiers, alors que la créa­ture est en plein essor et que les bou­lons ont sau­té sur la réserve, contient plu­sieurs élé­ments (que je qua­li­fie­rais d’er­reurs) qui sont en fait des tropes qui affai­blissent le résul­tat final (l’a­mi externe trop bête pour sai­sir ce qui se passe avant qu’il ne soit trop tard, les forces de l’ordre assez intel­li­gentes pour détec­ter que quelque chose ne tourne pas rond mais pas assez brillantes pour leur propre sur­vie, la pro­ta­go­niste qui passe de Wen­dy Tor­rance à Sarah Connor en quelques secondes, pour ne nom­mer que ceux-là).

Mal­gré tout, ça reste un film à voir (avis aux âmes et esto­macs sen­sibles – c’est un film rageur, violent et gra­phique, c’est une vraie pel­li­cule hor­ri­fiante – presque pas de “jump scares” (tant mieux!) mais de l’hor­reur cor­po­relle à la tonne). La conclu­sion est logique et très dure, et les der­nières secondes nous laissent le temps de vrai­ment se deman­der qui est le pire monstre dans toute cette his­toire et jus­qu’où la dou­leur psy­chique peut pous­ser un indi­vi­du – le contraste entre la réac­tion à la perte des deux per­son­nages prin­ci­paux est saisissant.

La direc­tion pho­to est effi­cace, avec quelques jolis clins d’œil au gial­lo ita­lien via une palette de cou­leurs satu­rée et l’u­sage de mas­sifs ciseaux (les ciseaux!). Le mon­tage est essouf­flant mais sur des rails à haute vitesse, gar­dant le récit ser­ré et sou­te­nu. Le desi­gn sonore et musi­cal est mini­ma­liste et défi­ni­ti­ve­ment han­té par Carpenter.

Cru et raide, tra­cé à gros traits (le film ne fait pas dans la den­telle ou la sophis­ti­ca­tion, et c’est tant mieux), ce n’est pas un vision­ne­ment facile, mais c’est tout-de-même recommandé.

Vu sur Shudder

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