Film/horreur : Re-Animator

Re-Ani­ma­tor (1985) 104min | Come­dy, Hor­ror, Sci-Fi | Octo­ber 18, 1985 (Uni­ted States) Sum­ma­ry : After an odd new medi­cal student arrives on cam­pus, a dedi­ca­ted local and his girl­friend become invol­ved in bizarre expe­ri­ments cen­te­ring around the re-ani­ma­tion of dead tissue.
Coun­tries : Uni­ted StatesLan­guages : English, German
Sur le coup :
Après coup :

Une fable gothique

Adap­tée d’une nou­velle de H.P. Love­craft [i]H.P. Love­craft, “Her­bert West – Rea­ni­ma­tor”, parue en 1922., Re-Ani­ma­tor déroule sous nos yeux une his­toire gothique à sou­hait, qui touche à la folie du scien­tisme, aux égos obses­sifs des cer­veaux qui dépassent les limites connues (et sur les­quels le pro­grès s’ap­puie), aux délu­sions de gran­deurs des génies et à leur éven­tuelle des­cente aux enfers. Au côté sombre de la science, qui peut être mani­pu­lée par cer­tains à des fins pas tou­jours éthiques. 

Le rêve de conqué­rir la mort, de dépas­ser les limites géné­tiques héri­tées ; c’est encore d’ac­tua­li­té pour cer­tains, qui se prennent au sérieux ! Grim­per au som­met de l’é­norme mon­tagne assu­re­rait la pos­té­ri­té à son conqué­rant et, par la bande, des tonnes de frics pour les (cyniques ou naïfs, c’est selon) admi­nis­tra­teurs, ges­tion­naires et “pous­seux de crayons” qui sont à la traîne.

Bien sûr, la fic­tion pousse le bou­chon tou­jours plus loin, mais pas tant que ça ; les dérives des égos uni­ver­si­taires et la danse aca­dé­mique telle qu’on les voit ici se jouent encore, et plu­tôt de la même manière. Bien sûr, la dimen­sion cau­che­mar­desque et Fran­ken­stein-ienne est au-délà de notre réa­li­té, mais peut-être pas pour long­temps encore…

Les pro­ta­go­nistes se révèlent tous avoir une rela­tion par­ti­cu­lière et directe avec la mort qui les corrompt :

  • Her­bert West ; cultiste du résul­tat pur ; son seul inté­rêt dans l’his­toire est de réus­sir pour réus­sir, de “contrer la mort”, parce qu’il le peut – la mort est un obs­tacle à sa réus­site intellectuelle
  • Allen Alsey, doyen de l’u­ni­ver­si­té ; obnu­bi­lé par la réus­site finan­cière et poli­tique de la Mis­ka­to­nic Uni­ver­si­ty et la pure­té conser­va­trice de sa fille, qui devien­dra un zom­bie fou, lobo­to­mi­sé en plus – la mort est un excellent four­nis­seur de niveau de vie
  • Carl Hill ; cor­rom­pu par l’é­go et la renom­mée, au point de voler sans remords les tra­vaux d’un autre et de les publier – la mort est un sujet à clore et contrô­ler, his­toire d’en deve­nir l’au­to­ri­té suprême
  • Dan Cane ; l’al­truisme du méde­cin se révèle être une inca­pa­ci­té à accep­ter la fina­li­té de la mort – elle est pour lui un adver­saire coriace – c’est d’ailleurs ce qui rend sa faci­li­té à accep­ter la recherche de West plus facile à digérer

Un film expressionniste

Le film de Stuart Gor­don est cam­pé dans la tra­di­tion expres­sion­niste allemande :

  • Le Her­bert West de Jef­frey Combs, dont les traits acé­rés et le visage oval accen­tue un jeu sac­ca­dé, froid, déca­lé, au regard tan­tôt confron­tant, tan­tôt éba­hi, s’ins­pire direc­te­ment de la tra­di­tion plus-grand-que-nature du film muet.
  • La tête de Alsey-le-zom­bie, avec des yeux aux contours rou­gis, grands et per­dus, qui lui donnent un air défi­ni­tif de Dr. Cali­ga­ry dépas­sé par les événements.
  • L’u­sage des cou­leurs qui, en noir et blanc, aurait défi­ni­ti­ve­ment géné­ré des contrastes saisissant.
  • L’as­pect oni­rique et grand gui­gnol de la deuxième moi­tié du film, qui res­semble plus à un grand bal de taouins (nus) saôuls qu’à une bou­che­rie terrifiante.
  • Le clin d’oeil au chest­burs­ter d’Alien durant l’a­po­téose de West et sa (pré­su­mée) fin morbide.

Un film qui vieillit tout de même bien

Mal­gré quelques bémols impor­tants [ii]Entre autres : la scène de nudi­té et d’a­gres­sion qui, bien qu’elle évoque la pro­pen­sion des hommes en posi­tion de pou­voir à vou­loir abu­ser des femmes vul­né­rables, qui bien sûr a une toute autre … Conti­nue rea­ding qui amoin­drissent son impact, le film reste objet culte, en grande par­tie via le Her­bert West de Coombs, devant lequel les autres joueurs (même l’an­ta­go­niste prin­ci­pal, l’in­fâme Dr. Hill) res­tent pâles.

Le tra­gi-comique qui se mêle à l’hor­reur cor­po­relle (les longs moments pas­sés avec le Dr. Hill zom­bi­fié, qui deviennent à la longue lou­foques et vau­de­vil­lens), la direc­tion pho­to tra­vaillée et réflé­chie (plu­sieurs plans, dont ceux de West dans son sous-sol/­la­bo­ra­toire, évoquent des clas­siques du ciné­ma de genre des années 30), les dia­logues entraî­nant qui ne sont pas uni­que­ment dié­gé­tiques (le pro­jet ini­tial visait les planches, ce qui explique les per­son­nages étof­fés) et la res­treinte dans l’exé­cu­tion (c’est un film à petit-moyen bud­get, ce que Gor­don gère avec effi­ca­ci­té) lui donne un fini res­pec­table et agréable, même si la fac­ture finale emprunte plu­tôt au genre télévisuel.

On s’ex­plique bien sa lon­gé­vi­té en tant que mid­night movie.

Vu sur Shud­der.

Notes

Notes
i H.P. Love­craft, “Her­bert West – Rea­ni­ma­tor”, parue en 1922.
ii Entre autres : la scène de nudi­té et d’a­gres­sion qui, bien qu’elle évoque la pro­pen­sion des hommes en posi­tion de pou­voir à vou­loir abu­ser des femmes vul­né­rables, qui bien sûr a une toute autre réso­nance post-metoo, n’é­tait pas vrai­ment nécés­saire ; le per­son­nage prin­ci­pal fémi­nin hys­té­rique et objec­ti­fié – à part être la midi­nette blonde qui crie et est dési­rée, elle n’a­git pas sur grand chose.
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