Lovecraft et moi en 2021

Je ne connais l’oeuvre de H.P. Love­craft que de manière très super­fi­cielle – la créa­ture de Chtu­lu dans son incar­na­tion ori­gi­nelle verte ten­ta­cu­laire ter­ri­fiante ou dans ses incar­na­tions humo­ris­tiques (dont une, très drôle, dans la sai­son The Devil’s Play­house du jeu d’a­ven­ture Sam and Max Save the World, une des grandes réus­sites du stu­dio Tell­tale Games avant qu’il ne fasse un Tita­nic de lui-même en per­dant la boule1).

Bref, des monstres ten­ta­cu­laires sor­tis de l’en­fer, de l’hor­reur cor­po­relle, et la menace per­ma­nente de perdre la rai­son (le nar­ra­teur dou­teux étant une pierre angu­laire de ses récits) sont des élé­ments constants chez lui.

Loin d’être un auteur relé­gué aux oubliettes, ses concepts et son uni­vers glauque (et vert?) sont encore omni­pré­sents aujourd’­hui. Tout aus­si étrange, je suis plon­gé en ce moment dans plu­sieurs envi­ron­ne­ments qui sont en des­cen­dance directe quand ce ne sont pas des récits cam­pés direc­te­ment dans son monde !

1ce genre d’im­plo­sion est le sujet du livre Press Reset, de Jason Schneier, qui est main­te­nant dans la pile de mes trucs à lire, son pré­cé­dent ayant été fort révélateur.

Balado : Welcome to Night Vale

Débile, épeu­rant, divertissant !

Wel­come to Night Vale, un bala­do qui dure depuis 2012, pré­sente une petite ville quelque part où y’a des choses bizarres qui se passent – des pyra­mides étranges qui appa­raissent et émettent des slo­gans étrange, un conseil de ville dont les buts ne sont pas très clairs, des per­son­nages typés et croches (old woman Josie, John Peters – you know, the far­mer ?, the Apache Tra­cker, etc), des enti­tés dont il ne faut par­ler (et aux­quelles il ne faut même pas pen­ser), et autres. Avec une bonne dose de situa­tions absurdes à la Dou­glas Adams ou Ter­ry Prat­chett, c’est abso­lu­ment mon genre d’ar­té­fact culturel.

Cecil Baldwin, la voix de Night Value
Cecil Bald­win, la voix de Night Vale

Le tout cam­pé dans une émis­sion de radio d’af­faires publiques pré­sen­tée par un nar­ra­teur sans nom, joué avec brio par le comé­dien Cecil Bald­win, qui, avec son timbre de voix calme et posé, passe à tra­vers le tor­deur que sont les évé­ne­ments sur­na­tu­rels rem­plis de créa­tures et de por­tails inter-dimen­sion­nels qui occupent les jours de Night Vale.

J’a­vais ten­té de suivre le bala­do il y a quelques années, mais l’ef­fi­ca­ci­té du théâtre sonore de la série me don­nait car­ré­ment la frousse. J’ai renoué avec elle depuis quelques semaines, et j’en suis pro­fon­dé­ment mor­du. Pro­fon­dé­ment. Mor-du. L’ab­sur­di­té comique qui côtoie les ombres mena­çantes, les créa­tures juras­siques, les civi­li­sa­tions incon­nues… et qui se renou­velle constam­ment depuis presque 200 épi­sodes maintenant !

Même si la for­mule se répète au fil des épi­sodes et que les per­son­nages reviennent, les situa­tions étranges, les com­por­te­ments des (légers) per­son­nages et les réac­tions de Cecil mènent quand même par­fois à réflé­chir sur les inter­ac­tions que l’on a avec les gens autour de nous ; sur la capa­ci­té de l’être humain à se cho­quer pour un rien et en même temps à igno­rer des igno­mi­nies grosses-comme-le-bras. Cer­taines situa­tions tirent à bout por­tant sur les cli­chés, d’autres se vautrent dedans mais toutes, au final, laisse un fond per­plexe qui, par­fois, se repointe quelques jours plus tard dans un autre contexte de la vie ordi­naire et sou­ligne des contra­dic­tions cou­rantes qui nous auraient autre­ment échappé.

… sans par­ler de leurs tour­nées (pré-COVID) où le feuille­ton radio-lado se passe sur scène !

For­te­ment conseillé comme éva­sion men­tale – dis­po­nible sur toutes les pla­te­formes de bala­do (Pocket Casts est mon choix).

Et si vous en vou­lez plus, Joseph Fink, l’au­teur de la série, a aus­si publié le roman Alice isn’t Dead, où on y nage vrai­ment dans le Twi­light Zone-avec-beu­bittes. J’ai bien aimé aussi. 

Mais je suis moins sûr des romans publiés qui sont cen­sés se dérou­ler dans l’u­ni­vers de Night Vale. Le gag der­rière cet uni­vers étrange est que rien ne reste jamais bien long­temps, aus­si ter­rible et trau­ma­ti­sant que ce puisse être.

Sérié “télévisuelle”: The Kirlian Frequency, Netflix

Uti­li­sant un concept très très simi­laire (un ani­ma­teur de radio, seul dans son stu­dio, raconte à ses audi­teurs les (més)aventures de cer­tains de ses conci­toyens), la (très colo­rée) série argen­tine The Kir­lian Fre­quen­cy est fas­ci­nante. À la dif­fé­rence de Night Vale, où le nar­ra­teur semble dans le même bateau que ses audi­teurs, par­fois médu­sé par ce qu’il raconte tout autant que nous, l’a­ni­ma­teur de Kir­lian, que l’on nous montre comme une ombre pro­fonde contras­tant avec son contexte visuel, n’est défi­ni­ti­ve­ment pas du même monde que nous. Des his­toires étranges, dan­ge­reuses, voire même san­gui­no­lentes. L’hor­reur est plus cor­po­relle, ici – zom­bies, vam­pires et autres. Mais l’élé­ment sur­na­tu­rel et les per­son­nages qui relatent leurs his­toires via sa ligne ouverte sont sou­vent des nar­ra­teurs dou­teux, dont on doute de la fiabilité.

Le tra­vail d’a­ni­ma­tion est splen­dide, la concep­tion sonore aus­si. Le mon­tage est rapide et effi­cace, et des clins d’œil attendent les fans du genre. Très réussi.

Je n’en suis encore qu’au troi­sième épi­sode, mais je suis déjà très emballé.

Jeu vidéo : Call of Chtulu

Call of Chtulu
Des beu­bittes ? En v’la !

Dif­fi­cile de faire plus direct que celui-là ; Call of Chtu­lu est un jeu d’a­ven­ture à la pre­mière per­sonne ; on déam­bule, sous les traits d’un détec­tive de l’oc­culte un peu cra­qué nom­mé Edward Pierce, dans un uni­vers direc­te­ment tiré de Love­craft (tein­té de vert!), en quête d’une expli­ca­tion à la mort de Sarah Haw­kins, artiste tor­due dont le père cherche déses­pé­ré­ment à rega­gner la répu­ta­tion, post-mortem.

Y’a pas de monstres à com­battre, ce n’est pas un monde ouvert. Ça se rap­proche plus du jeu d’ex­plo­ra­tion par indices à la Layers of Fear, et c’est très bien comme ça. Les acteurs prêtent un grand niveau de réa­lisme au récit, la direc­tion artis­tique insuffle une atten­tion aux détails constante et le rythme est quand même soutenu.

Le ren­du des per­son­nages humains, qui est tou­jours un peu le talon d’A­chille des jeux comme celui-ci, c’est-à-dire ambi­tieux mais n’é­tant visi­ble­ment pas dotés du bud­get d’un Assas­sin’s Creed, reste dans la liber­té artis­tique et c’est tant mieux – ça tient plus du des­sin ani­mé, ce qui rend la fac­ture visuelle cohérente.

Les cri­tiques ont raillés sur le sys­tème de “pro­gres­sion” par points qui, selon eux, ne sert pas à grand chose et n’a­joute que très peu au final. C’est pro­ba­ble­ment vrai, et on aurait pu s’en pas­ser. Mais les inter­rup­tions asso­ciées à celui-ci ne sont pas assez fré­quentes pour nuire à l’ex­pé­rience en général.

Pour peu que l’on com­prenne bien que l’on a affaire ici à un film inter­ac­tif dans la trempe des créa­tions du stu­dio Quan­tic Dreams (sans en pos­sé­der la pro­fon­deur humaine et la vir­tuo­si­té tech­nique) et que l’on gère ses attentes, le résul­tat offre plu­sieurs heures d’im­mer­sion dans un uni­vers somme toute pre­nant. Y’a pas que les AAA qui peuvent être bien, dans la vie.

J’at­tends tou­jours The Sin­king City (du stu­dio Frog­wares), coin­cé dans une (très poche) bataille judi­ciaire, à un prix rai­son­nable, sur PC (oui, je suis radin).

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