Film/horreur : A girl walks home alone at night

A Girl Walks Home Alone at Night (2014) 101min | Dra­ma, Hor­ror, Romance | 20 April 2015 (USA) Sum­ma­ry : In the Ira­nian ghost-town Bad City, a place that reeks of death and lone­li­ness, the towns­people are una­ware they are being stal­ked by a lone­some vampire.
Coun­tries : USALan­guages : Persian
Sur le coup :
Après coup :

De prime abord, c’est intri­guant : le pre­mier film de vam­pire ira­nien, qui de plus emprunte au Wes­tern, et se pare de noir-et-blanc. Et qui compte Eli­jah Wood par­mi ses pro­duc­teurs (oui, oui, monsieur-Frodo-je-fais-dans-l’horreur-maintenant).

Et quelle sur­prise que ce film. Ô com­bien de couches à peler et de sym­bo­lisme à digé­rer. Et c’est pas une mau­vaise chose du tout.

C’est pas tous les jours qu’on nous raconte une his­toire fémi­niste et fémi­nine, une vraie. Le film est ancrée par la vam­pire titu­laire, stoïque, silen­cieuse (mais qui cache un côté sadique et effi­cace), effa­cée. Une fille qui vit dans l’ombre des autres, qui dévore leur corps et leur vie, et qui en intègre un peu (elle acquiert tou­jours un totem quel­conque des indi­vi­dus qu’elle tru­cide). Une femme dont la vie est longue et tran­quille mais aus­si rem­plie de tris­tesse et de mélan­co­lie, parce qu’au­cun humain ne dure dans son monde, ils ne sont là que pour sa sub­sis­tance. Un per­son­nage qui existe parce qu’il existe, point. C’est d’a­bord et avant tout son his­toire qu’on raconte.

Cette mélan­co­lie de vivre, une des hor­reurs trai­tée dans le film, n’est pas sans rap­pe­ler la las­si­tude du Only Lovers Left Alive de Jar­musch. Sauf qu’au lieu de nous mon­trer deux indi­vi­dus qui n’en peuvent plus de ne plus rien décou­vrir, Ana Lily Amir­pour fait le pari de nous pré­sen­ter une sorte d’é­man­ci­pa­tion, de sor­tie de l’im­passe pour sa vampire.

Parce que sa vam­pire, elle va croi­ser un beau bon­homme qui lui aus­si est las de sa situa­tion qui semble sans issue ; coin­cé à vivre avec un père toxi­co­mane qui n’existe que pour ses sou­ve­nirs, le beau gosse de l’his­toire est lais­sé à lui-même et finit même vic­time de la déchéance de son père, qui lui coûte sa flam­boyante nou­velle voiture.

Les cir­cons­tances étant ce qu’elle sont, le beau gosse va croi­ser notre vam­pire à tra­vers le dea­ler de son père qui a lui chi­pé sa bagnole, puisque que le taré (qui res­semble étran­ge­ment à la moi­tié mas­cu­line du duo Afri­cain Die Ant­woord) tom­be­ra sous les crocs de cette fille/femme/gamine (son voile allon­gé en cap lui confé­rant une allure inédite et désta­bi­li­sante), cette force des­truc­trice ins­tal­lée dans un corps gauche pas tout à fait assu­mé. Pas de vam­pire suave à la Bela Lugo­si, encore moins rocks­tar à la Tom Hiddleston.

À tra­vers une trame nar­ra­tive plu­tôt simple et quelques per­son­nages un peu légers – l’é­tat du père est expli­qué de manière quelque peu mal­ha­bile et la vision de Bad City, la ville fic­tive qui entoure cette his­toire me semble sau­vage et réduc­trice – le duo vampire/beau gosse va trou­ver une fuite vers l’a­vant du poids de leur exis­tence. Une espèce de déraille­ment de train contrô­lé qui va les mener vers le bonheur.

D’a­bord et avant tout un (épous­tou­flant) exer­cice de style, c’est un écrin de velours tout en contraste et en dou­ceur, ce qui n’est pas si simple à réa­li­ser. La direc­tion pho­to est puis­sante ; le noir et gris (parce que le film ne se rend jamais à l’a­gres­si­vi­té des extrêmes de l’ar­gen­tique et reste dans une gri­saille et des noirs volon­tai­re­ment bou­chés qui, mariés à la sen­si­bi­li­té de l’é­qui­pe­ment moderne, donne un résul­tat feu­tré et sen­suel à la fois) et la lumière sont maniés de main de maître. Les com­po­si­tions (qui évoquent plus de la pho­to­gra­phie en mou­ve­ment que du ciné­ma comme on le connaît) sont tan­tôt inti­mistes et ser­rées, tan­tôt vastes et étouffantes. 

Les images sont fémi­nines et char­gées de sen­sua­li­té (sans être tou­jours éro­tiques). Les dia­logues (très espa­cés) le sont aus­si ; l’é­change entre la vam­pire et la pros­ti­tuée, qui ren­drait Ali­son Bech­del fière, est digne du plus grand face-à-face entre cow­boys dans leur porte de saloon res­pec­tive, mais se déroule tout dou­ce­ment, dans la même pièce, sans se faire face. La vam­pire dénude com­plè­te­ment la pros­ti­tuée en débal­lant tous ses secrets sous ses yeux, comme si elle était tota­le­ment trans­pa­rente – une autre soli­tude qui s’é­tend sous nos yeux, détaillé par celle qui, on s’i­ma­gine bien, en connaît long sur le sujet.

Mais tout reste tou­jours en dou­ceur. La vio­lence qui empri­sonne les per­son­nage et celle qui sera for­cé­ment néces­saire pour les en sor­tir reste tou­jours cou­verte d’un voile de tris­tesse immense, d’i­né­vi­table mélancolique.

Cer­tains sym­boles, tel l’i­mage de la pros­ti­tuée qui, fuyant le site d’un méfait dû à une méprise, passe devant une voi­ture com­plè­te­ment détruite en arrière plan (flou­té, bien sûr), nous montre bien que ce qui reste de sa vie est un véri­table acci­dent, sont mieux camou­flés que d’autres (le gros plan sur le pis­ton indus­triel qui ralen­tit et s’ar­rête pour annon­cer la chute est un peu gros­sier), mais le film reste une admi­rable sym­biose entre sym­bo­lisme, plans contem­pla­tifs et méca­nismes narratifs.

Au final, cette dou­ceur et la len­teur qui l’ac­com­pagnent finissent peut-être par être le talon d’A­chille du film. Il en met plein la vue, certes, mais on en reste sur notre faim, nous aus­si ; on aurait vou­lu peut-être un peu plus de sub­stance et de contexte plu­tôt que de belles images.

Et… c’est moi ou le pos­ter de Madon­na, dans la chambre vam­pi­resque, c’est pas un vrai ? Si c’est le cas, ça serait un autre beau sym­bole du fait que la vam­pire tente tant bien que mal d’i­mi­ter les humains, jus­qu’à cal­quer leurs goûts et habi­tudes, sans vrai­ment y par­ve­nir, et ce serait joli­ment réussi.

Vu sur Tubi.

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