Film/horreur : Blood Quantum

Blood Quan­tum (2019) 98min | Hor­ror | 28 April 2020 (Cana­da) Sum­ma­ry : The dead are coming back to life out­side the iso­la­ted Mi’k­maq reserve of Red Crow, except for its Indi­ge­nous inha­bi­tants who are stran­ge­ly immune to the zom­bie plague.
Coun­tries : Cana­daLan­guages : English, Micmac
Sur le coup :
Après coup :

Un film de Zom­bies.
Au Qué­bec.

Ça, on avait déjà fait.

Mais Autoch­tone (Mic­Mac)? C’est du nou­veau. Et le résul­tat est un bijou. 

Déso­lé, Robin, mais y’a quelque chose de plus puis­sant au coeur de cette fable-là ; la tienne a sen­ti le besoin d’a­jou­ter une sorte de mys­ti­cisme et de culte zom­bisque pour jus­ti­fier son can­ni­ba­lisme, alors que celle-ci n’a qu’à pui­ser dans son vécu. Là ou Les Affa­més pré­sente un petit groupe d’a­peu­rés, coin­cés comme des rats et lit­té­ra­le­ment bouf­fés un à un, Blood Quan­tum nous montre une com­mu­nau­té forte, têtue et prête à se battre. Une com­mu­nau­té qui, au pas­sage, y voit une ven­geance de la pla­nète sur son para­site numé­ro un.

La direc­tion pho­to est splen­dide – les plans d’ou­ver­ture en sur­vol d’un pont et d’un vil­lage rat­ta­ché, avec son osten­ta­toire église blanche et grise qui serait fami­lière à Émi­lie Bor­de­leau, nous rap­pellent que les com­mu­nau­tés autoch­tones vivent en retrait. L’u­ti­li­sa­tion des plans larges rap­pelle l’es­thé­tique des années 70 et 80. La noir­ceur et le sombre sont omni­pré­sents (dif­fi­cile de ne pas voir un hom­mage à/une très forte influence de John Car­pen­ter dans la gri­saille du jour et les forts contrastes de la nuit natu­relle per­cée par la lumière humaine arti­fi­cielle). La tex­ture visuelle est sem­blable à celle choi­sie par RKSS pour Tur­bo Kid, un de mes films favo­ris des der­nières années.

Une fable post-apo­ca­lyp­tique de Zom­bie clas­sique, avec une dif­fé­rence qui amène avec elle une nou­velle dimen­sion : les autoch­tones ne s’in­fectent pas.

Le zom­bisme, voyez-vous, c’est une conne­rie de blancs ; un endo­can­ni­ba­lisme qui n’est pas sans réper­cus­sion : on ne les infecte pas, mais on les mange quand même. Ce qui ne veut pas dire que tout est nette dicho­to­mie – pas de ton hol­ly­woo­dien des méchants contre les gen­tils ici ; la réa­li­té, c’est gris, et chez les autoch­tones, c’est dur.

Je ne suis pas autoch­tone, je ne connais de leur monde que les quelques mor­ceaux qu’on nous met sous le nez ; mais je sens dans ce film-là un cri de colère, et j’ai vrai­ment l’impression que c’est une vision juste (ou à tout le moins puis­sante) de ce qu’ils vivent. Le film me semble méti­cu­leu­se­ment construit autour de la vie autoch­tone, du moins de l’é­poque – le récit se déroule en 1981, les choses ont peut-être chan­gé depuis (je n’en suis pas convaincu).

Dès le pre­mier plan du film, où l’on assiste au retour du large d’un pêcheur qui, sous ses yeux hor­ri­fiés, découvre que ses car­casses de pois­son refusent de mou­rir, on ne peut s’empêcher d’y voir une allu­sion très claire à la des­truc­tion de leur mode de vie – c’est pas inno­cent que ça vienne de nous, et c’est loin d’être faux. De là, on nous tisse une carte de la com­mu­nau­té qui sera prise au piège, avec comme ligne direc­trice la dif­fi­cul­té de gran­dir dans un monde dur, de l’autre côté de la ligne invi­sibles. Les tow­nies, comme ils les appellent, sont une autre gang – on appelle une ambu­lance chez eux, par exemple, et elle met tou­jours une éter­ni­té à se pointer.

J’ai lu des cri­tiques envers le rythme, que cer­tains trouvent inégal, non sou­te­nu. Je m’ins­cris ici en faux. Si c’est Dia­ry of the Dead que vous cher­chez, et ben chan­gez de stream. Ce film là n’est pas à pro­pos des Zom­bies en soit. Il expose à tra­vers eux les deux vitesses des cultures qui se confrontent ; l’une qui tente de prendre son temps (la cadence des dia­logues nous le rap­pelle sans cesse), et l’autre qui est tou­jours pressée. 

Sans par­ler des sté­réo­types ; la scène ou le per­son­nage de Lysol au visage ensan­glan­té se fait arrê­ter parce que les poli­ciers de la SQ croient qu’ils s’est bat­tu alors que l’his­toire est tout autre est un peu crasse, rigo­lote, mais très directe.

C’est un film qui touche à des sujets pas faciles et impor­tants dans son monde : les liens filiaux dif­fi­ciles dans un uni­vers explo­sé, le racisme qui existe tout autant à l’in­té­rieur des com­mu­nau­tés autoch­tones, et, sur­tout, la loyau­té. Et c’est là-des­sus que le titre prend tout son sens ; j’ai dû me ren­sei­gner — le Blood Quan­tum est l’in­dice uti­li­sé pour déter­mi­ner la pro­por­tion de nature autoch­tone dans le sang d’un indi­vi­du afin de déter­mi­ner son droit d’ap­par­te­nance à une com­mu­nau­té. C’est une mesure for­te­ment cri­ti­quée qui a ame­né les com­mu­nau­tés à s’entre-déchi­rer. Et de s’entre-déchi­rer, celle-ci !

Oui, y’a du gore avec des effets spé­ciaux réus­sis en majeure par­tie. Mais dans ce cas-ci, c’est vrai­ment pas ce qui est le plus horrifiant.

Vu sur Shudder.com

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